La citoyenneté au travail (ou encore, le travail décent au sens de l'OIT, la dignité au travail, la citoyenneté industrielle, etc.) reflète le fait qu’une large part des droits civils et sociaux ont été d’abord acquis par les travailleurs au moyen de l’autonomie collective, en dehors de toute reconnaissance (autre que purement formelle) par l’État. Pour une grande majorité de salariés la citoyenneté (au sens sociologique d’un système objectif de droits fondamentaux – y compris de droits de participation) fut d’abord et avant tout une citoyenneté liée à leur insertion dans un rapport de travail. Dans la mesure toutefois où l’autonomie collective est mise en question, où les tendances à la fragmentation et à la précarisation des statuts de travail (travail atypique, précarisation de l’emploi) s’accentuent et où croît le poids démographique de l’exclusion, la citoyenneté au travail apparaît elle-même en déclin, alors qu’elle a joué un rôle indispensable de contrepoids aux inégalités sociales sur lesquelles est fondée l’économie de marché. Voilà qui soulève des questions fondamentales, tant du point de vue de la justice sociale et de la qualité de vie démocratique de nos sociétés, que du point de vue du développement économique.

Voici un aperçu signalétique des principaux thèmes qu'abordera le colloque.

1. Penser les milieux de travail de l’avenir.

Bien que le thème de la citoyenneté recèle plusieurs aspects en quête de définition, il semble que se dégage lentement un consensus quant à la nécessité de développer une vision du milieu de travail de l’avenir. La nouvelle économie du savoir recoupe des tendances souvent contradictoires : la réorganisation du travail et de la production, la multiplication des identités professionnelles, la prolifération des statuts d’emploi et des trajets de carrière, l’expansion du travail atypique, etc. Quels sont les modèles qui permettront le mieux d’en tenir compte? Y en a-t-il un qui permette l’atteinte d’un meilleur équilibre entre l’efficience organisationnelle et le bien-être, tant individuel que collectif ? Et qui, par surcroît, soit garant de dignité – au sens des droits humains les plus fondamentaux, de participation et de prise de parole, d’une plus grande sécurité économique et d’opportunités d’apprentissage dans une économie qui, justement, doit savoir mobiliser de telles capacités?

2. Théoriser la citoyenneté au travail.

En 1967, lors du centenaire du Canada, Harry Arthurs mis de l’avant une question fondamentale : quelle place pour la citoyenneté industrielle dans les décennies à venir ? Depuis lors, les paramètres du rapport d’emploi se sont modifiés de façon importante. Quelle portée donner au concept de citoyenneté, selon que l’on adopte le point de vue du droit du travail, des politiques sociales, de la philosophie politique, etc ? Au centre de ce questionnement, l’identification d’un concept unificateur ou d’un paradigme qui recoupe ces différentes perspectives et qui puisse canaliser nos réflexions sur les droits et devoirs qui caractériseront les milieux de travail de l’avenir.

3. Les visages d’inclusion et d’exclusion.

Le développement du travail atypique, la précarisation du travail et l'émergence d’emplois peu rémunérés, voire non rémunérés signifient-ils l’apparition de citoyens de seconde classe? Que peut-on dire à cet égard de la situation des travailleurs migrants, de la situation d’une partie de la main-d’œuvre féminine, de l’effectivité des programmes d’accès à l’égalité et des programmes d’équité salariale ? Et comment analyser, au regard des droits fondamentaux de la citoyenneté, la situation des personnes qui n’ont pas ou plus accès au marché du travail (chômeurs, assistés sociaux, retraités, personnes handicapées) : s’agit-il d’une exclusion de la citoyenneté au travail, sinon de dimensions essentielles de la citoyenneté tout court? Ce thème pose la question de l’évolution des modèles de travail et du sens du travail dans la société, notamment dans le contexte des nouveaux modèles organisationnels qui misent sur la flexibilité à tout crin. Quelles en sont les conséquences pour le développement des compétences et de l’inclusion sociale ?

4. Les milieux de travail performants : quelle responsabilité sociale?

Existe-t-il des modèles organisationnels qui favorisent une meilleure reconnaissance de la citoyenneté au travail, tant sur le plan de la qualité du travail et de la sécurité économique que de celui du respect de l’égalité des droits et du bien-être des travailleurs? Les milieux de travail performants se distinguent-ils sur le plan de leur bilan économique et social? Les organisations qui se réinventent sur des bases éthiques suscitent-elle davantage d’engagement de la part de ceux qu’elles regroupent? En quoi le discours des entreprises qui se disent guidées par de fortes valeurs éthiques se traduit-il par des bénéfices pour les salariés et, notamment, par une amélioration de la qualité du travail? Ce thème pose la question de la qualité du travail dans les milieux de travail les plus performants. Quels arbitrages seront nécessaires et comment promouvoir des choix qui seront à la fois novateurs, porteurs de prospérité économique et susceptibles de développer les habilités des citoyens ?

5. Une citoyenneté globale : au sud comme au nord?

Est-il possible de concevoir aujourd’hui l’émergence d’une citoyenneté globale sur le plan social qui renvoie à une compréhension partagée de l’interdépendance humaine ? Si oui, comme l’envisager, particulièrement à l’égard de la sphère du travail et de l’emploi ? La citoyenneté au travail et le travail décent sont-ils des objectifs propres à l’hémisphère nord, irréalistes et inatteignables dans le sud ? Quels modèles s’y développent-ils actuellement et quelles sont les perspectives pour un partage des expériences ? Ce thème aborde quelques unes des questions de l’heure sur le plan international, tant en ce qui a trait au travail décent qu’à la dimension sociale de la mondialisation.

6. Une vision syndicale : pistes pour la dignité au travail.

L’acteur syndical a joué un rôle de premier plan dans l’élaboration du droit de citoyenneté dans les milieux de travail. Au quotidien, ses actions mettaient en relief l’importance de la négociation collective comme source de légitimité et de dignité au travail. Sur le plan législatif, ses revendications stimulaient une réflexion quant à la définition d’un ensemble de droits individuels et collectifs définissant le rôle du citoyen au travail. Confronté aux limites de sa représentativité et de ses projets, quelle vision l’acteur syndical avance-t-il actuellement aux fins du maintien, voire du renouvellement de son rôle de défenseur de la dignité au travail ? Ce thème laissera place à quelques uns des principaux penseurs du milieu syndical et les confrontera à d’autres perspectives, dont celles des associations professionnelles, des milieux non organisés collectivement et des milieux du travail des pays du Sud.

7. Quelles politiques publiques pour une citoyenneté au travail ?

Dans la perspective du développement de politiques publiques adaptées aux exigences de la nouvelle économie, est-il possible de concilier les objectifs d’efficience organisationnelle et d’équité pour les travailleurs et les travailleuses? Existe-t-il des modèles favorisant une meilleure reconnaissance de la notion de citoyenneté au travail, tant sur le plan de la qualité de l’emploi, de la sécurité économique que du respect de l’égalité des droits et du bien-être des personnes au travail? Quelles valeurs doivent informer la dimension sociale de la mondialisation et comment les traduire, de façon pratique, dans un ensemble de politiques publiques ?
Comité organisateur

Michel Coutu
Université de Montréal

Gregor Murray
Université de Montréal

Judith Paquet
Université Laval

Nicolas Roby
Université de Montréal


Comité scientifique

Michel Coutu
Université de Montréal
Gregor Murray
Université de Montréal
Christian Brunelle
Université Laval
Jean Charest
Université de Montréal
Urwana Coiquaud
HEC Montréal
Judith Paquet
Université Laval
Nicolas Roby
Université de Montréal
Guylaine Vallée
Université de Montréal
Pierre Verge
Université Laval


Webmestre & Design

Nicolas Roby
Université de Montréal