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Avant-propos

Le programme scientifique décrit ci-dessous fait écho au second projet des Grands travaux de recherche concertée du CRIMT (subventionné par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada). Couvrant la période 2008-2015
, ce dernier fournit un cadre à l'ensemble des activités de recherche réalisées depuis le printemps 2008. Les activités réalisées antérieurement et récensées dans les différentes sections de ce site (ex. publications 2003-2007) renvoient au premier projet des Grands travaux de recherche concertée du CRIMT (octroi 2003-2007, maintenant complété et dont la matrice de recherche peut être consultée à titre de référence en cliquant sur le lien suivant).


Description

La mondialisation est un phénomène pluriel qui touche toutes les sphères de la société (Held et McGrew 2000; Steger 2003). Au plan économique, elle se concrétise principalement par un accroissement des échanges économiques en temps réel, au delà des espaces nationaux, et contribue, quoique de façon variable et inégale selon les régions du monde (Blackett et Lévesque 2010), à une plus grande intégration (OCDE 2007). Cette intégration découle notamment de la libéralisation des conditions du commerce, induite par les États nationaux et les instances de gouvernance internationale, des progrès technologiques en matière de transport et de communication, et de l'accroissement de l’investissement direct à l’étranger, dû à une mobilité jusqu’ici inégalée des capitaux et des activités productives, le tout selon une logique de plus en plus conditionnée par les marchés financiers internationaux.

La concurrence économique mondiale et les restructurations qui l’accompagnent suscitent des débats au sein et au-delà de la communauté scientifique sur le rôle et l’efficacité des institutions du travail et de l’emploi. Ces débats se polarisent autour de trois récits (ou narratifs) assez contrastés. Le premier récit pose d’emblée que les institutions, surtout les règles étatiques formelles telles les lois du travail et les systèmes de protection sociale, représentent une entrave au fonctionnement  optimal des marchés. Même caricatural, une telle représentation exerce un formidable effet de « sens commun » sur l’imaginaire collectif des acteurs du monde du travail. Les institutions seraient alors perçues comme des obstacles au progrès économique et social.

À cette vision d'un mouvement d’homogénéisation forcé s’oppose un deuxième récit beaucoup plus ouvert à la variabilité des contextes et des options stratégiques des agents économiques et sociaux. Partant de constats empiriques sur l'hétérogénéité des stratégies à la fois des entreprises (Berger 2006), des syndicats (Frege et Kelly 2004) et des états nationaux (Guillén 2001; Bélanger et Trudeau 2010) – constats enrichis par les travaux des chercheurs du CRIMT – les institutions deviennent une condition essentielle au bon fonctionnement des marchés (Jacoby 2005; Streeck et Thelen 2005; Morgan et al. 2010). Le défi pour un grand nombre de sociétés, comme le Québec ou le Canada, est de trouver le bon équilibre entre le développement économique et social par la promotion des meilleures pratiques en matière de capital humain, de relations de travail et, plus largement, de régulation sociale. L'enjeu consiste alors à adopter le bon design institutionnel.

Quatre constats nous incitent à dépasser cette interprétation. Premièrement, si la recherche permet d’identifier  les principes qui contribuent à des emplois productifs et satisfaisants, elle met également en lumière les difficultés et les obstacles liés à l’application de ces principes (Bélanger et al. 2004; Godard 2004; Heckscher et Adler 2006; Bélanger et Thuderoz 2010). Deuxièmement, le décalage entre les institutions issues du monde du travail antérieur et l'évolution contemporaine du travail devient manifeste, surtout dans le cas des nouveaux types d’emplois, souvent précaires et sexués, ou des travailleurs migrants (Stone 2004; Vallée 2005; Marchington et al. 2005; Fudge 2010; Coutu et Murray 2010). Troisièmement, la multiplication et l’interpénétration des niveaux, des espaces et des sources où se joue la régulation du travail, qui ne relève plus simplement du niveau national, complexifie considérablement le jeu institutionnel (Moreau 2006; Davidov et Langille 2006; Roux et Laflamme 2008; Verge 2010; Drouin 2010; Blackett et Lévesque 2010; Murray et Trudeau à paraître). Quatrièmement, les acteurs du changement n’ont pas toujours les aptitudes et les cadres de référence requis pour participer à ce renouveau institutionnel et répondre aux défis qu’il suscite (Salais et Villeneuve 2004; Kristensen et Zeitlin 2005; Lévesque et Murray 2010; Murray et al. 2010).

À l'encontre des deux premiers récits où l'institution est appréhendée comme un fait social extérieur aux acteurs, un troisième récit suggère que les institutions ne peuvent être saisies indépendamment des acteurs collectifs qui les construisent et les transforment. Les institutions résultent de la dynamique des rapports de pouvoir entre ces agents, dynamique qu'elles structurent en retour. À la fois contraignantes et habilitantes, elles peuvent tout aussi bien restreindre les acteurs à certains sentiers de dépendance (refaire constamment la même chose parce que leurs aptitudes et leurs répertoires d'action les condamnent à le faire) qu'ouvrir des espaces d’innovation. La capacité de négocier le changement institutionnel et le renouvellement des institutions serait ainsi au cœur même du développement socio-économique. Cela étant, comme le suggère Streeck (2007), la phase actuelle de mondialisation affecte de façon significative la capacité d’action des agents concernés. Il y a là une dynamique nouvelle dont il importe de saisir la signification. C'est dans cette optique que s'inscrit le programme scientifique du CRIMT.

De multiples questions découlent de cette troisième approche, laquelle informe notre programme de recherche. Comment la mondialisation modifie-t-elle les règles du jeu dans les milieux de travail ? Quels sont les points de repères des acteurs du monde du travail, ainsi que leurs moyens de dialogue à l'égard du changement ? Les acteurs sont-ils à même de cerner la nature des changements propres au contexte dans lequel ils évoluent et à développer les connaissances et les aptitudes pour en traiter ? Nos recherches visent à mieux comprendre les processus d’innovation institutionnelle et de renouvellement des capacités d'acteurs. S’il n’est pas possible de freiner la mondialisation, il s’agit surtout d'en baliser le parcours et les effets, en créant des leviers, des recours et des mécanismes de délibération permettant aux acteurs d’influencer les choix économiques, de sorte que leurs aspirations sociales soient prises en compte.

Trois grands principes guident notre démarche. Premièrement, une attention particulière est accordée au conditionnement réciproque entre les acteurs et les institutions. La mondialisation est alors perçue comme un processus dans lequel les différents acteurs renégocient les règles, les normes sociales et les institutions du travail. L’étude détaillée de ces processus nous permet d’élucider la façon dont les acteurs se confrontent aux changements et participent à l’évolution de leur société. Deuxièmement, pour faire avancer la compréhension de ces phénomènes dans les contextes québécois et canadien, nous misons sur des études interdisciplinaires comparatives, nationales et internationales. Troisièmement, il importe de tenir compte des différents niveaux de régulation sociale et des interactions entre ceux-ci, qu'il s'agisse des caractéristiques propres aux travailleurs et à leurs trajectoires socioprofessionnelles, de la façon dont les entreprises et le travail sont organisés, du rôle des identités collectives et de la représentation au travail, ou des politiques publiques en matière de travail.


Architecture

La présentation de notre programme de recherche prend deux formes, soit un aperçu synoptique sous forme de tableaux (à télécharger en PDF) et un regard plus détaillé sur les thèmes, les projets et les contributions spécifiques, y incluant le nom des cochercheurs et des étudiantes impliqués, de même qu'une sélection d'activités et de publications qui en découlent. Les cinq thèmes fédérateurs qui constituent les objets d’étude de ce programme sont :

Thème 1 : Les entreprises multinationales et les chaînes de valeur mondiales

Thème 2 : Les nouvelles frontières de la citoyenneté au travail

Thème 3 : La restructuration de l’État et de ses modes de régulation

Thème 4 : Repenser la représentation collective

Thème 5 : Les dynamiques de l’avantage institutionnel comparé

Ces cinq thèmes regroupent 27 projets distincts, dont certains renferment plusieurs contributions. Un sixième thème, transversal, recoupe horizontalement les cinq premiers et accorde une attention particulière aux ressources et aux aptitudes des acteurs qui interviennent sur le plan international et, par la même occasion, ouvre un dialogue au sein du Centre et avec la société sur l'impact de ces tendances pour les agents économiques et sociaux. Nous l'appelons 'initiative des acteurs mondialisés'.

Soulignons également la réalisation d'un projet terminologique d'importance qui recoupe l'ensemble des travaux effectués au Centre. Il s'agit du Dictionnaire analytique de la mondialisation et du travail (DAMT), établi en trois langues (anglais, français, espagnol) et réalisé par l’équipe de Jeanne Dancette, professeure titulaire au Département de linguistique et de traduction de l'Université de Montréal, avec la collaboration de plusieurs cochercheurs du Centre, dont Reynald Bourque, Michel Coutu, Patrice Jalette et Gregor Murray. La version électronique du dictionnaire permet l’affichage par langue et, grâce aux hyperliens, le passage d’un terme à l’autre. Cela facilite la consultation à des fins de recherche d’information ou d’équivalents linguistiques. Les articles présentés portent sur les concepts clés de la mondialisation du travail explorés dans le cadre du projet GTRC du CRIMT. Ils renvoient, dans les tableaux de relations sémantiques, à de nombreux autres termes qui définissent l’ensemble de notre vocabulaire commun. Pour faciliter la consultation, chaque article a été affecté à un ou plusieurs domaines auxquels appartient le terme, tels que le contexte économique, institutionnel et social (thème 5),  l'entreprise multinationale, les chaînes de valeur et leur restructuration (thème 1), la représentation collective (thème 4), les normes de travail (thème 3), le travail décent et la mondialisation équitable (thème 2), pour ne nommer que ces derniers.

La rubrique 'thèmes de recherche' jette un regard détaillé sur les cinq grands thèmes structurant le programme de recherche du Centre. Elle fait état, notamment, des cochercheurs et des doctorants impliqués, des activités d'animation scientifique organisées, du contenu audiovisuel disponible et des publications réalisées.
 
           
           
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